vendredi 18 avril 2008

Danse-Cité présente : l’Écurie de Manon Oligny, la critique

Point de vue limité

La nature de l’expérience que vous fera vivre L’Écurie de Manon Oligny dépend grandement de l’attitude des spectateurs avec lesquels vous la vivrez.

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Sophie Corriveau dans l’Écurie
Crédit photo : Nicolas Ruel

La première de L’Écurie, que nous présentait Danse-Cité à la SAT ce mercredi, m’aura laissé un tantinet dubitatif. Comme nous vous en faisions part dans notre prépapier sur cette création de Manon Oligny, il ne s’agit pas d’une pièce de type conventionnel, avec présentation à l’italienne. En fait, L’Écurie est à la fois un spectacle et une installation déambulatoire.

L’espace scénographique de L’Écurie est plus ou moins en forme de L, dans lequel trois box en planches de bois font office d’espaces scéniques car, dans chacun, on retrouve une interprète. Le public est invité à circuler de l’un à l’autre. Du moins, on espère que c’est ce que le public fera…

Peu l’ont fait, parmi les spectateurs de la première, malheureusement. Le graphique (ci-bas) illustre de quelle manière ceux-ci se sont comportés. Les carrés jaunes du graphique représentent les box des danseuses. Sophie Corriveau, Karina Iraola et Anne Le Beau y sont identifiées par leurs initiales. Dès le début de la représentation, une bonne majorité de spectateurs se sont agglutinés au point X du graphique, car de cet endroit, il est possible de voir à la fois les prestations de Iraola et de Le Beau. Ils n’en ont plus décollé par la suite, choisissant ainsi un point de vue à l’Italienne.

Graphique - 54.4 ko
Graphique

Les autres spectateurs, ceux qui avaient choisi de jouer le jeu et de déambuler, s’en sont trouvés défavorisés. Finalement, ceux-ci ont vécu, eux aussi et malgré eux, une expérience à l’italienne, face à Sophie Corriveau.

N’ayant pas vu Corriveau danser depuis un bon moment, j’ai vécu de mon côté une expérience positive malgré tout, cette danseuse étant une interprète de grand talent. Autre côté positif de l’aventure, Corriveau est arrivée dans l’écurie en fin de processus créatif, remplaçant au pied levé Mathide Monnard, victime d’une blessure. Comme Oligny a créé L’Écurie en collaboration avec ses interprètes, laissant chacune d’elle développer son propre personnage d’un point de vue dramaturgique, Coriveau a donc dû, non seulement apprendre une partition chorégraphique, mais aussi un rôle, celui qu’avait développé Monnard. Connaissant très bien Monnard à titre d’interprète, j’ai trouvé assez fascinant le fait d’observer Corriveau, surtout ses regards. On y voit le personnage développé par Monnard lors du processus créatif, ce qui révèle le talent de Corriveau à titre d’interprète, car non seulement elle s’est approprié la danse, mais aussi sa théâtralité…

La partition chorégraphique de L’Écurie est assez musclée, rappelant la « drive » qu’avait L’éducation physique, œuvre antérieure d’Oligny. Il s’en dégage un sentiment d’état d’urgence. L’œuvre ayant comme sujet les pulsions féminines auxquelles les personnages tentent d’échapper, le sentiment d’urgence est fort approprié.

De L’Écurie, Oligny dit aussi qu’elle est de nature immersive. Si immersion il y a, c’est surtout dans la trame sonore de Gilles Brisebois. Percussive et tonitruante, elle s’impose au spectateur, l’enveloppe littéralement. En fait, c’est cette trame sonore qui donne le ton au spectacle, ainsi que la sonorité des ruades des interprètes sur les planches de bois de leurs box.

Il y a aussi l’auteure Nelly Arcand qui est présente dans l’espace et qui rédige en direct. Ce que L’Écurie lui inspire est projeté sur une planche de bois au haut des box. Étant présent pour la danse, j’avoue avoir porté moins d’attention aux textes.

En bref, si j’en juge par ce dont j’ai été témoin, on n’échappe pas aux pulsions féminines… Du moins, c’est ce sentiment qui s’impose à l’esprit, compte tenu du fait que durant toute la représentation, à aucun moment, les interprètes ne sortent de leur box respectif.

Au final, pas vilain du tout.

François Dufort courriel

Dance Cité présente
L’ÉCURIE
Chorégraphe : Manon Oligny
EN COLLABORATION AVEC :
Interprètes : Karina Iraola, Anne Le Beau, Sophie Corriveau
Auteure : Nelly Arcand
Collaborateurs : Laurent Aglat, Christine Charles, Simon Laroche, Yannick Macdonald, Frédérick Moffet
Société des arts technologiques
du 16 au 19 et du 23 au 26 avril 20h
1195, boul. St-Laurent